I. La romanisation.

image035     A partir de 52 av. J-C, la Gaule fait partie de l'Empire romain. Elle va ainsi partager son existence jusqu'au V ème siècle ap. siècle. En apparence, elle garde son autonomie mais en réalité, elle est bien dirigée.

     A la campagne, la romanisation s'effectue lentement mais en ville, les Gaulois se familiarisent plus rapidement à la culture romaine.

     Cette romanisation ne détruira absolument rien de la culture gauloise, excepté dans le domaine de la religion.

II. Apport de la culture romaine à la culture gauloise.

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fig.: aperçu d'une ville gallo-romaine

A. Les fortifications romaines.

image0422     Dès le II ème siècle ap. J-C, Tongres est entourée par une muraille de fortification de 4.544 mètres de long et de 2 mètres d'épaisseur. Sa hauteur variait de 5 à 6 mètres selon l'endroit. Cette enceinte est bâtie avec des blocs de silex et de grès.

     A plusieurs endroits, elle est munie de tours circulaires de 9,5 mètres, vraisemblablement remplies de terre. Deux fossés en forme de V sont creusés à l'extérieur de l'enceinte. Plusieurs portes s'ouvrent sur la ville par les principales chaussées reliant Tongres aux autres villes de la région.

     Une deuxième enceinte est élevée au IV ème siècle, lors des invasions germaniques, pour protéger le noyau de la ville. Celle-ci, plus petite, ne mesure que 2.680 mètres et totalise une soixantaine de tours circulaires.

B. Vivre à Tongres à l'époque gallo-romaine.

     Avant la conquête romaine, les Gaulois vivent dans de modestes demeures, carrées ou rectangulaires, faites en bois. Les murs sont tapissés de torchis. Le toit, que soutient un ou plusieurs piliers intérieurs, est assez haut et couvert de chaume. Le sol est recouvert de pierre pilée ou de terre battue. Ces maisons mesurent généralement 30 à 60 m². Elles sont le plus souvent groupées en village. En s'installant en Gaule, les Romains apportèrent leurs techniques de construction avec entre autres la fabrication de maison en pierre et en briques. Contrairement aux Gaulois, les Gallo-Romains vivent soit en ville, soit à la campagne.

1. Vivre en ville.

a) L'organisation géographique de la ville.

     La ville gallo-romaine possède en son centre des monuments importants pour la vie municipale. Tout d'abord, un sanctuaire dédié à Rome ou aux Empereurs, soit à une divinité locale. Elle comprend aussi un forum. Celui-ci distribue les fonctions religieuses, politiques, administratives et commerciales aux principaux monuments de la cité. On y trouve entre autres la curie, pas encore découverte à Tongres, la basilique et le forum, qui se trouvaient certainement côte à côte. Tous ces édifices sont disposés autour d'une aire publique ou d'une aire sacrée.

b) Les habitations.

    Au fil du temps, les maisons sont de plus en plus luxueuses. Celles-ci sont toujours en bois mais de conception plus romaine.

    Vers 69-70 ap. J-C, la ville est complètement réduite en cendres pendant la rébellion batave: on le sait car on a retrouvé une couche visible de cendres. Ceci nous prouve que Tongres subit alors une destruction totale. Depuis lors, la pierre fait partie de l'histoire du bâtiment.

     A Tongres, on a retrouvé des maisons luxueuses destinées à loger l'élite privilégiée ainsi que des maisons d'artisans et d'ouvriers.

image045     Certaines habitations gallo-romaines sont appelées Domi. Elles sont généralement composées d'une cour quadrangulaire en plein air occupée par un bassin destiné à récolter les eaux de pluie et entourée d'une galerie ou d'un portique couvert sur lesquels donnent les pièces d'habitation.

     D'autres sont nommées insulae. Celles-ci sont installées les unes à côté des autres, sur un même bloc, défini par des rues perpendiculaires. Elles sont plus économiques car elles sont construites avec des matériaux plus légers. Elles comportent rarement une cour.

     Les pièces sont ici assez petites (de l'ordre de 150 centimètres sur 2 mètres). Ces maisons sont bâties sur une cave et ne dénombrent que un ou deux étages. Leur toiture est inclinée et couverte de tuiles courbées.

     Dans chaque type de maison, des fresques et des mosaïques ornent les murs et couvrent les sols.

image047     On a retrouvé une mosaïque dans la "Hondstraat" à Tongres. Elle date de fin I er - début II ème siècle. Selon les archéologues, elle appartenait à une "galerie d'habitation" urbaine romaine. Elle mesure à l'origine 19,50 mètres de long sur 350 centimètres de large et est composée de dessins géométriques (rectangles, carrés, cercles,... ). Pour la réalisation de ce pavement de mosaïque, on a utilisé des morceaux de terra sigillata pour les tons rouges et du marbre et autres types de pierre pour les autrs couleurs. Lorsque la couleur souhaitée n'est pas disponible, on utilise de la pâte de verre ou du jais.

image048     Comme système de chauffage, les Gallo-Romains utilisent un chauffage central appelé hypocaustum. On a découvert un hypoccauste dans le centre de Tongres en 1934. Il a sans doute fait partie des thermes romains datant de la fin de la période romaine. L'hypocauste est un "fourneau souterrain" permettant de chauffer les différentes pièces d'une maison grâce à la répartition de la chaleur par le sol. Ce sol est soutenu par des cercles ou des carrés plats, en terre cuites, empilés les uns sur les autres. L'air chaud est ainsi dans la paroi via des "tubes".

image053     Pour s'éclairer le soir, les Gallo-Romains utilisent des lampes à huile, des torches et des chandelles. image055Les meubes sont souvent décorés par des bibelots de toutes sortes. Ceux-ci représentent des dieux, des hommes ou des animaux caricaturés.
Les statuettes désignent:
- en bronze, les divinités masculines telles que Hercule, Mars et Mercurius;
- en terre cuite, les divinités féminines telles que Diane, Vénus et Fortuna.

c) Les vêtements et les bijoux.

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     On ne sait pas exactement quel genre de vêtements portaient les Gallo-romains car les tissus ne se conservent pas facilement et longtemps. Grâce à des dessins et des sources historiques, on pense que cela ressemblait à ceci:

- les femmes portent une longue tunique en lin, sans manches, parfois recouverte d'un châle en laine. Elles attachent leur robe avec une fibule, sorte de broche, qu'elles accrochent au niveau de l'épaule ou de la poitrine. Aux pieds, elles portent des chaussures en cuir, les carbatina qui ressemblent à nos mocassins actuels.
- les hommes portent aussi une tunique. Par temps froid, ils recouvrent celle-ci d'un manteau à capuche. Dans certaines régions, on peut les voir vêtus de braies.

image061     Déjà à cette époque, les femmes sont assez coquettes. Bracelets en or, boucles d'oreilles, colliers de perles en verre, argent et en bronze, bagues, boucles d'ambre jaune et semi-précieuses, constituent les bijoux de ces jeunes femmes. Ceux-ci, lorsqu'ils ne sont pas portés, sont soigneusement rangés dans une boîte à bijoux en métal. Pour être sûres d'assurer leur beauté toute la journée durant, les femmes possèdent une trousse de dame avec un petit miroir doré. Les hommes utilisent de petites pinces pour s'épiler la barbe et ils possèdent de petits pots en bronze remplis d'huile de massage ou de bain (balsamaria).

2. Vivre à la campagne.

a) La villa.

     Une villa, au temps des Romains, est tout d'abord le centre d'une exploitation agricole. Elle comporte une habitation principale avec deux cours. Celles-ci sont couramment orientées vers le soleil levant. Il y a une première cour, assez petite, appelée pars urbana, et une deuxième, appelée pars rustica, mesurant deux à trois fois la longueur de la première. Au cours de la première cour est disposée la demeur du maître tandis qu'autour de la deuxième cour sont établis les bâtiments d'exploitations (granges, hangars, écuries, ateliers, caves,... ). Donc, la villa est une sorte de grosse ferme de type romain.

     On en a découvert une entre Tongres et Maëstricht. C'est une petite habitation de 13,50 mètres sur 5,50 mètres. Ce type de fermes indigènes est peut-être bien une aedificum dont parle César. L'architecture caractéristiques du bâtiment principal est de forme rectangulaire et munie d'un portique en façade. La cave et la partie inférieure sont construites en pierre. (On a mis à jour, au centre de Tongres, un bel exemple de cave). La partie supérieure peut être édifiée soit en pierre, soit en colombages. Le toit est recouvert avec des tuiles.

b) L'agriculture et l'élevage.

     Au départ, la production agricole est destinée à combler les besoins propres de l'agriculteur et la culture mixte. Vers la fin du I er siècle, on change de façon de faire. On passe alors à l'agriculture systématique et à la monoculture telle que celle de l'épeautre, du froment et de l'orge. On cultive aussi de nouvelles variétés de légumes (concombres) et de fruits (raisins et pommes). Le cheptel est composé de bovins, de porcins, d'ovins et d'équidés, très réputés à Tongres. En pratiquant l'agriculture intensive, on obtient un surplus de nourriture que l'on entrepose dans des magasins appelés horreum. C'est un ensemble de bâtiments fort étendu. Le bâtiment principal, un entrepôt, comporte trois ou quatre ailes munies de réserves à provisions alignées autour d'une pièce centrale carrée. Ce bâtiment mesure 150 mètres de long. Au-dessus de cette pièce mais aussi autour du magasin se trouvaient toutes sortes de dépendances. Ce agasin de stockage en piette date du II ème siècle mais il en existait déjà en bois au I er siècle. Une grosse partie des réserves est destinée aux troupes stationnées en bordure du Rhin.

     Apparemment Tongres joue un important rôle de centralisation du grain à l'époque gallo-romaine. Comme l'approvisionnement de l'armée n'est pas organisé par la civitas mais par les instances militaires, ce magasin se trouvait en dehors des murs de la cité. Un horreum de ce type a été découvert au sud-ouest de la ville, à l'extérieur de l'enceinte.

image073     Pendant longtemps, l'outillage agricole ne change pratiquement pas: charrues, fourches à fumier, meules,... "Dans les grands domaines de la Gaule, fonctionnent pour la moisson d'immensesvans bordés de dents agressives et montés sur deux roues; une bête de somme y est attelée de manière à les pousser et non à les tirer: ainsi, les épis arrachés par les dents tombent dans le van".

C. La religion chez les Gallo-Romains.

     Avant la conquête romaie, les druides étaient seuls à diriger le monde religieux chez les Gaulois. Si ceux-ci n'étaient que des prêtres, Rome les auraient gardés. Malheureusement pour eux, les druides sont porteurs d'une idéologie: ils voient en Rome la mort de la tradition celtique. C'est ce qui les a condamnés à disparaître. Aussi, les druides avaient été à la base de soulèvements contre Rome en 21 et en 69-70 ap. J-C. Les Romains ne voulurent plus de cette classe sociale puissante et dangereuse pour eux. C'est ainsi qu'au I er siècle av. J-C, l'Empereur CLaude supprime la caste des druides et les sacrifices humains.

     La religion gallo-romaine se manifeste par l'apparition d'un grand nombre d'objets iconographiques qui sont imités de modèles romains, de textes latins, ainsi que de temples et d'édifices culturels en pierre. La survie de la religion gauloise est prouvée par la coexistence de théonymes gaulois et romains.

1. Les dieux et déesses Gallo-Romains.

     Les Gallo-Romains vénèrent des dieux gaulois (Cernunnos, Epona, Sucellus) et des dieux romanisés (Mercure-Lug, Mars-Teutates, Jupiter-Taranis, Fortuna).

     Le christianisme apparaît en Gaule vers le milieu du II ème siècle. Il est amené en Europe par les Orientaux. La langue de la liturgie est au départ le grec. De nombreuses communautés chrétiennes s'établissent dans les cités. Si elles sont percutées à une époque, c'est parce qu'elles ne croient pas aux dieux de la cité et de l'Empire et qu'elles refusent de prêter serment à l'Empereur. Ces persécutions durent 177 à 250 ap. J-C. Enfin, en 311, l'Empereur Constantin autorise le christianisme par l'Edit de Milan.

2. Les pratiques funéraires.

a) Les cimetières citadins.

     Selon une loi romaine, il est interdit d'enterrer les morts à l'intérieur de la ville. C'est pourquoi les cimetières et autres "bâtiments" funéraires se situent àl'extérieur des reparts de la ville. La ville de Tongres possède trois nécropoles: une au nord, une au sud-ouest et une à l'est de l'enceinte entourant la ville. Les découvertes faites dans les tombes donnent des indications aussi bien sur le sexe, la profession et le statut social du défunt.

     L'incinération des morts se pratiqueau I er et II ème siècle ap. J-C. Dès qu'une personne meurt, son corps est brûlé sur un bûcher dans le champ funéraire. Cette façon de traiter les morts a un aspect plus économique et plus hygiénique. Une fois recueillies, les cendres sont soit répandues à même le sol de la fosse funéraire, soit récoltées dans un morceau de tissu ou dans un verre. Cette urne est ensuite disposée dans une fosse funéraire plus ou moins carrée ou ronde. En exemple, je vous cite une tombe crématoire du III ème. Tout dans cette tombe indique qu'elle appartient à une personne assez riche. Le défunt est un homme adulte qui souffrait probablement d'une maladie oculaire. On le sait car on a trouvé à ses côtés, un petit pot en verre qui contenait de l'onguent oculaire.Aussi, les offrandes sont composées d'un gobelet en bronze, d'unplateau à onguent et d'une spatule en bronze ainsi qu'une cruche en bronze représentant une scène de Ganymêdês enlevé par l'aigle.

image087     L'inhumation. Vers le début du III ème, les Gallo-Romains préfèrent, petit à peitit, l'inhumation à l'incération. Le corps est alors déposé dans un cercueil en bois, en plomb ou en pierre. En exemple, la tombe d'une jeune femme de 22 ans ayant vécu dans la première moitié du IV ème siècle. Parmi les objets trouvés à ses côtés, on peut remarquer des assiettes en poterie sigillée, un gobelet en poterie sigillée avec garniture en barbotine blanche, un flacon en verre, un manche de couteau en ivoire, un bracelet en bronze, un plat à onguent et une clé en bronze.

     Certains monuments funéraires sont couronnés d'une pierre sculptée, appelée cippus. Pourtant, dans la plupart des cas, les tombes sont garnies d'une simple pierre ou d'un petit tas de terre. Les tombes reconstituées au musée gallo-romain de Tongres ont été découvertes dans le cimetière au sud-ouest et nord-est de la ville.

b) Les tumuli.

     Ce sont surtout les grands propriétaires de villa qui sont enterrés dans un tumulus. Ceux-ci mesurent quelques 16 mètres de haut pour certains et 40 mètres de diamètre. L'urne contenant les cendres du défunt ainsi que les offrandes funéraires sont déposées à l'intérieur de la chambre funéraire, en bois ou en pierre, de ce tumulus. Parfois, plusieurs personnes sont ensevelies sous le même tertre.

     En Hesbaye, on a retrouvé douze tumuli, notamment ceux de Koninksem près de Tongres, Gutschoven près de Heers et Vorsenkortijs. Les tumuli furent construit au cours du II ème siècle ap. J-C.